Josef Mengelol 4 : Stubbins Ffirth et la fievre jaune

Souvent longue, incertaine, parfois pénible, la recherche scientifique est un sacerdoce. Nombreux sont les chercheurs qui ont consacré leur vie, parfois au péril de leur santé, à la poursuite d’une découverte susceptible de changer la face du monde. Peu, en revanche, ont autant flirté avec la ligne qui sépare le dévouement de la folie que Stubbins Ffirth.
Né en 1784 à Philadelphie, Ffirth assiste en 1793 à la terrible épidémie de fièvre jaune qui frappe la ville, emportant 4.000 de ses 50.000 habitants. Lorsqu’une nouvelle épidémie se déclare dix ans plus tard, en 1802-1803, Ffirth est alors un jeune étudiant en médecine qui entend faire progresser les connaissances scientifiques sur une maladie alors très mal comprise, et ainsi éviter de revivre le drame de 1793. C’est donc à 18 ans à peine que notre héros fait son entrée dans la postérité médicale.
Remarquant que le nombre de cas observés chutait au cours de l’hiver, Ffirth se persuada que la fièvre jaune n’était pas contagieuse, mais un simple produit de la chaleur et du « tempérament » estivaux. Cette théorie n’est pas remarquable en soi, si l’on veut bien la replacer dans le contexte d’une médecine pré-pasteurienne. On trouvera davantage d’intérêt dans la méthode employée par Ffirth pour prouver sa théorie.
Après quelques brèves expériences sur des animaux, Ffirth décida tout bonnement de s’exposer lui-même à la maladie. N’écoutant que ses convictions, il pratiqua donc de nombreuses incisions dans ses bras et ses jambes, dans lesquelles il introduisit des doses de plus en plus importantes de la « bile noire » produite par les malades au stade terminal de la maladie. Il fit de même avec du sang infecté, et même de l’urine.
Ffirth ne tomba pas malade. Pour autant, il n’allait pas en rester là ; il fit donc bouillir un mélange de tous ces fluides contaminés, pour mieux en inhaler les vapeurs. Puis il en fit des pilules, qu’il ingéra. Toujours en bonne santé, il décida de s’injecter directement du sang, de la salive, de la sueur, de la bile et de l’urine, à l’aide d’une seringue. Rien de remarquable ne se produisit.
A ce stade, on peut raisonnablement affirmer qu’un homme sain d’esprit aurait mis un terme à ses expériences. Pas Ffirth, à qui nous laissons la parole pour nous relater la dernière étape de sa recherche :
« Je pris 15 millilitres de bile qui venait d’être excrétée par un patient et, en la diluant dans 50 millilitres d’eau, je l’avalai ; le goût en était légèrement acide. Je ne ressentis ni nausée, ni douleur. Mon pouls, régulier à 76 battements par minute, ne connut d’altération ni de son fréquence, ni de sa vigueur. En somme, il ne se produisit aucun effet particulier, et j’aurais aussi bien pu boire un simple verre d’eau. »
Ffirth avait raison : la fièvre jaune n’est pas contagieuse. Elle est inoculée par les moustiques, et ne peut se transmettre entre deux personnes. Pour autant, ses travaux ne furent pas retenus par les scientifiques de son temps, sans doute échaudés par les méthodes de leur jeune collègue. Le plus surprenant reste peut-être, au final, que Ffirth n’ait pas attrapé d’autres maladies au cours de ses expérimentations.





















